Profession: audioprothésiste

De solides connaissances en audiologie, de l’intérêt pour l’anatomie et l’électronique, des notions d’informatique, un bon sens de la psychologie, une dextérité manuelle, l’esprit d’entreprise, de l’expérience dans la conduite du dialogue, un flair pour la publicité et le marketing, des bases de comptabilité et une bonne notion des dispositions actuelles en matière d’assurance: rares sont les métiers qui font appel à des compétences aussi diverses que la profession d’audioprothésiste. C’est l’audioprothésiste qui, par son savoir, son expérience, son habilité technique et le soin qu’il met à son travail, permet aux personnes malentendantes de participer à la vie sociale, de poursuivre leurs activités professionnelles et d’entretenir des rapports humains. L’audioprothésiste lui-même entretient une relation de longue date avec ses «clientes» et «clients»: c’est un véritable professionnel de la santé qui offre à sa clientèle un suivi à long terme.

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1. L’importance de l’ouïe dans notre société

L’être humain dépend étroitement de ses relations avec ses semblables et doit donc impérativement pouvoir communiquer avec eux. Le langage est son instrument favori, tant dans la sphère privée que dans le milieu professionnel. Les questions, les réponses, les contes de fées et les recommandations accompagnent tout enfant qui grandit. Les explications et instructions verbales, les exposés, les discussions d’experts, etc. sont à la base de tout enseignement, apprentissage ou parcours universitaire. L’esprit d’équipe, la compétence sociale, en un mot la «capacité de communiquer» sont devenus des atouts indispensables à la réussite d’une carrière. Une réunion entre collègues ou amis ne se conçoit pas sans dialogue. On se téléphone pour prendre des nouvelles, on bavarde – la voix, autant que les gestes, nous renseigne sur l’état d’âme de notre interlocuteur.

Pour pouvoir faire tout cela, la condition essentielle est d’être capable d’entendre. Et l’ouïe ne sert pas qu’à la communication verbale: elle nous permet de contrôler ce qui se passe dans notre dos, car l’oreille est le seul organe sensoriel qui assure une surveillance simultanée de tout notre entourage sur 360°. Les informations acoustiques sont analysées en permanence, nous sommes prévenus d’un danger imminent, p. ex. dans le trafic. De plus, contrairement à la vue, l’ouïe est active 24 heures sur 24, c.-à-d. même la nuit. Sinon, la sonnerie de notre réveille-matin ne nous réveillerait pas.

Bien entendre semble si naturel à la plupart des gens que nous ne réalisons l’importance d’une bonne ouïe qu’au moment où nous sommes confrontés à un problème de malaudition. Quiconque doit, pour comprendre, multiplier les questions passe vite pour «légèrement bouché». Le préjugé qui prête aux malentendants une certaine lenteur intellectuelle a la vie dure.

La malaudition se développe discrètement, raison pour laquelle le malentendant n’est souvent pas conscient de sa perte auditive. D’autre part, la malaudition est souvent assimilée au fait que l’on «devient vieux». Toutes ces raisons font que de nombreux malentendants ont de la peine à accepter leur état, en ont honte et consultent l’oto-rhino-laryngologue ou l’audioprothésiste beaucoup trop tard. La difficulté à comprendre ce que disent les autres les pousse finalement – pour ne pas passer pour «demeurés» – à se replier sur eux-mêmes et à s’isoler de la vie sociale. La dépression en est une conséquence presque fatale, avec ses répercussions désastreuses sur la vie familiale et professionnelle.

L’audioprothésiste: un conseiller avisé pour le malentendant
Dans ce contexte, on comprend l’importance de la mission de l’audioprothésiste: il est en position de contribuer à ce que le rôle fondamental de l’ouïe soit compris et reconnu par la société. L’audioprothésiste peut réaliser ici un travail de portée éducative, non seulement grâce à son contact direct avec les malentendants auxquels il rend une vie «normale» en les appareillant, mais aussi par des conférences données dans le cadre de séminaires régionaux de formation continue, l’organisation de journées «portes ouvertes» et l’entretien de contacts avec des EMS, des écoles et des rédactions de journaux locaux. Il peut ainsi mieux faire prendre conscience par le public du bien précieux qu’est l’ouïe et supprimer les seuils d’inhibition vis-à-vis des tests et appareils auditifs. Avec pour résultat que les gens iront naturellement faire vérifier leur capacité auditive, et que les malentendants porteront leurs aides auditives sans fausse pudeur – peut-être pas sous la forme d’un article de mode tel que des lunettes, mais tout aussi naturellement.

2. L’oreille: un instrument de précision

L’oreille humaine perçoit des ondes sonores d’une fréquence de 20 hertz à max. 20 000 hertz, ce qui correspond à une longueur d’onde de 17 m à 1,7 cm. Ce registre couvre presque dix octaves. A titre de comparaison, les longueurs d’onde perçues par notre œil se situent dans une plage de 400 nm à 700 nm, à peine une octave.

C’est l’interaction subtile entre l’oreille externe, l’oreille moyenne, l’oreille interne et les voies auditives qui confère une bonne capacité auditive et permet le traitement de cette vaste gamme de fréquences.

L’onde sonore rencontre d’abord le pavillon de l’oreille, dont la forme est aussi individuelle que les empreintes digitales. La forme du pavillon est importante pour l’esthétique globale du visage. La perte de l’oreille externe à la suite d’un accident est particulièrement défigurante – et la chirurgie de reconstruction plastique ne donne souvent que des résultats moyens. Mais le pavillon a une autre fonction importante, auditive celle-là: la localisation acoustique des sources sonores est facilitée par la réflexion ou la suppression de quelques zones de fréquence supérieures; l’auditeur reconnaît notamment si la source se trouve devant ou derrière lui. L’identification des bruits latéraux, c.-à-d. venant de gauche ou de droite, est possible grâce à deux autres caractéristiques de la propagation sonore: si p. ex. un haut-parleur est dirigé vers l’oreille droite, le son met plus longtemps à atteindre l’oreille gauche. En outre, la tête fonctionne comme un bouclier contre les hautes fréquences, ce qui modifie le caractère du son. A partir de ces différences, le cerveau établit une représentation spatiale de la source du son. Plus la gamme des fréquences est élevée, mieux fonctionne la détermination spatiale acoustique: la tête représentant un obstacle négligeable pour les ondes de basse fréquence (= longueur d’onde élevée), les sons graves sont perçus à peu près de la même manière par les deux oreilles. C’est pourquoi le froissement d’une feuille de papier dans une salle de conférence ou de concert permet d’en identifier aisément l’auteur, alors que les sons graves sont presque impossibles à localiser.

Dans le prolongement du pavillon se trouve le canal auditif, long d’environ 3 cm et légèrement incurvé en S, qui aboutit au tympan. Sur la première moitié de sa longueur, le canal est cartilagineux et porte des glandes productrices de cérumen, appelé «cire d’oreilles». Le cérumen a pour fonction d’entretenir la propreté du canal auditif en piégeant les saletés qui sont ensuite rejetées vers l’extérieur. La deuxième moitié du canal est osseuse et se situe à l’intérieur de l’os crânien. Elle est normalement dépourvue de cérumen. Le canal auditif conduit le son jusqu’au tympan.

A partir du tympan, le son parcourt l’oreille moyenne, constituée du tympan et des trois osselets: marteau, enclume et étrier. L’oreille moyenne est remplie d’air et a pour fonction de transférer les ondes sonores véhiculées par l’air, si possible sans pertes, jusqu’à l’oreille interne. Dans ce processus, le son transmet au tympan des oscillations qui sont relayées par le marteau, l’enclume et enfin l’étrier, qui les transmet à l’oreille interne. La plaque de l’étrier est bien ancrée dans un orifice appelé «fenêtre ovale» et transmet, par des mouvements de piston, les oscillations au liquide qui remplit l’oreille interne.

L’oreille interne est située dans le rocher, un os très dur qui doit son nom à sa forme et à sa solidité. Dans le voisinage immédiat se trouve aussi l’organe de l’équilibre, qui renseigne en permanence sur les mouvements de la tête. L’oreille interne est également appelée «limaçon», vu qu’elle forme un conduit en hélice qui ressemble à l’habitacle d’un escargot. Ce conduit est subdivisé sur toute sa longueur (2½ pas d’hélice) par une membrane.

La membrane dite «basilaire» porte environ 18 000 cellules auditives; ce sont les cellules ciliées, qui enregistrent, analysent et amplifient les sons. Elles sont subdivisées en trois rangées externes et une rangée interne. Les cellules ciliées externes traitent activement les stimuli sonores tandis que les cellules internes les retransmettent au cerveau.

Les mouvements de l’étrier déclenchent dans l’oreille interne un mouvement ondulatoire de la membrane basilaire: c’est l’«onde propagée», découverte dans les années 50 du siècle dernier par le physicien Georg von Békésy. Le fonctionnement exact des mécanismes d’amplification des cellules ciliées externes fait aujourd’hui encore l’objet de recherches intensives. Les cellules auditives situées dans la partie amont du limaçon, près de la fenêtre ovale, sont responsables du traitement des sons aigus (de haute fréquence), tandis que les cellules situées dans la partie aval du limaçon enregistrent les fréquences basses.

Les informations captées par les cellules auditives sont acheminées par le nerf cochléaire, partie initiale du nerf auditif, sous forme d’impulsions électroniques vers le tronc cérébral. Là, ces impulsions sont traitées, converties, puis retransmises au cortex auditif primaire situé dans le lobe temporal de l’encéphale. Au terme d’un traitement supplémentaire, les informations auditives parviennent alors à notre conscience.

De l’onde sonore à la perception auditive consciente, le traitement des informations passe par de nombreuses étapes. Chacune d’elles dure un certain temps, de sorte que notre perception consciente est toujours en retard d’un tiers de seconde sur la réalité. Durant ce processus, notre cerveau réalise pourtant un exploit inimaginable: il réduit l’énorme vague d’informations effectivement captées afin que seules les plus importantes parviennent jusqu’à la perception consciente. Les organes sensoriels transmettent au cerveau environ 1 méga-octet de données par seconde – plus de 99,9% sont éliminées dans le tri.

Une qualité essentielle de l’audioprothésiste: l’habileté manuelle
L’aide auditive est introduite dans le canal auditif (intra-auriculaire) ou portée derrière l’oreille (contour d’oreille). Le contour d’oreille comprend un boîtier, qui contient la partie électronique, et un otoplastique permettant de porter le boîtier derrière l’oreille. Dans le cas des prothèses intra-auriculaires et intra-canalaires, le boîtier est introduit dans le canal auditif. L’audioprothésiste connaît tous les types d’aides auditives et choisit un appareillage individuellement adapté à l’anatomie du canal auditif ainsi qu’à la nature et à la sévérité de la perte auditive. Le pavillon et le canal auditif ayant une forme différente d’une personne à l’autre, une empreinte peut devoir être prise. Ce travail fait partie des tâches quotidiennes de l’audioprothésiste. La confection de l’empreinte exige beaucoup de soin et d’habileté manuelle, car la moindre erreur de précision peut compromettre la bonne adaptation morphologique de l’appareil ou de l’otoplastique et empêcher un ajustage correct de l’aide auditive.

La confection du boîtier et de l’otoplastique est généralement confiée à un fabricant d’aides auditives ou à un laboratoire spécialisé. L’audioprothésiste qui confectionne ces pièces lui-même doit travailler avec une extrême précision.

3. Lésions auditives et malaudition

Les cellules auditives de l’oreille interne sont extrêmement fines et vulnérables. Une sollicitation excessive de ces cellules surmène leur métabolisme. Si la sollicitation est de brève durée, les cellules peuvent récupérer lors de la pause qui suit. Par contre, si l’agression sonore se prolonge ou se répète sans pauses intermittentes suffisantes, les cellules concernées peuvent être fortement endommagées ou même mourir. Les cellules ciliées endommagées ne se régénèrent pas et ne repoussent pas. Cela signifie que l’oreille sera désormais insensible à certaines fréquences. Au début, la différence ne sera peut-être guère incommodante, voire à peine perceptible – mais l’accumulation des lésions pourra soudainement provoquer la perte de perception de toute une gamme de fréquences: la malaudition s’installe, on n’entend p. ex. plus les oiseaux ou autres sons aigus comme le bruit d’un trousseau de clés et on a des difficultés à comprendre son interlocuteur. A cela s’ajoute la perte de performances des cellules ciliées avec l’âge. Cette diminution naturelle des capacités auditives au milieu de la vie peut, si elle s’ajoute à de fortes lésions de l’ouïe préexistantes, entraîner une perte auditive considérable.

La cause principale de la malaudition est, dans la majorité des cas, le bruit. Le niveau de bruit, c’est-à-dire l’intensité de la pression sonore, est mesuré en décibels. Les détonations brèves et très violentes sont celles qui ont les pires effets sur l’ouïe – bien des hommes âgés doivent leur dureté d’oreille aux tirs militaires accomplis durant leur service actif. Cependant, les walkmans, chaînes stéréo et autres écouteurs réglés trop fort peuvent également causer des dégâts – sans parler du vacarme des motos, dont l’intensité peut atteindre 120 décibels. En comparaison, la charge sonore infligée à l’ouïe par les concerts de rock ou de pop est moins forte qu’on a pu le craindre initialement; d’ailleurs, le niveau acoustique autorisé en Suisse a été fixé à 93 décibels.

A part le bruit, certaines inflammations, malformations, blessures ou maladies peuvent également causer une lésion de l’ouïe. Les inflammations du pavillon et du canal auditif sont assez fréquentes, mais guérissent généralement sans complications. Une autre affection courante est l’obstruction du canal auditif par un bouchon de cérumen ou par l’introduction d’un corps étranger – bien que bénin lui aussi, un tel incident peut cependant fortement diminuer la capacité auditive et requiert une intervention médicale.

Les blessures et les maladies de l’oreille moyenne sont potentiellement bien plus graves, a fortiori si elles touchent le tympan ou les osselets (marteau, enclume et étrier). De telles lésions peuvent par exemple être provoquées par la pénétration d’un objet ou par des bruits violents telles que l’explosion d’un pétard, une gifle, un plongeon la tête la première dans l’eau. D’autres causes relativement fréquentes sont l’inflammation de la trompe d’Eustache, l’otite moyenne aiguë ou chronique ainsi que l’otosclérose, une ossification de l’étrier qui requiert une intervention microchirurgicale.

Les affections de l’oreille interne peuvent aussi entraîner une malaudition. L’un des troubles fonctionnels les plus spectaculaires est la perte brusque de l’ouïe, qui se manifeste par une surdité ou une malaudition soudaine. Les causes n’en sont pas encore totalement élucidées; on sait en revanche que le facteur déclenchant est toujours un manque d’oxygène. Cette anoxie peut être la conséquence d’un excès de poids, d’une consommation immodérée d’alcool ou de tabac, mais aussi et surtout du stress. Des lésions de l’oreille interne dues à des maladies infectieuses, notamment le zona, la rubéole, les oreillons ou la rougeole, sont également possibles. Enfin, bien des lésions de l’oreille interne sont imputables à des substances «ototoxiques» présentes entre autres dans de nombreux médicaments, tels que les antibiotiques.

Un type particulier de lésion auditive dont de plus en plus de gens sont atteints est le bourdonnement d’oreille (on parle d’«acouphènes»): il s’agit de phénomènes acoustiques dont la source ne se trouve pas dans l’environnement, mais dans l’organisme du patient. Des études montrent que les acouphènes touchent – de manière passagère ou durable – environ 15% de la population d’un pays. Les bruits perçus sont forts divers: ils peuvent ressembler au carillon des cloches d’une église, à la sonnette d’une porte d’entrée, ou encore à un bourdonnement, un sifflement, un cri strident, voire à des craquements ou à des coups, p. ex. des coups de marteau. Le bruit peut toucher une seule oreille ou être bilatéral, et se manifester en continu ou par périodes. Les sifflements sont cependant la forme la plus fréquente et une seule oreille est affectée dans la majorité des cas. Lire plus sur les acouphènes.

L’audioprothésiste: partenaire des médecins ORL et des malentendants
L’audioprothésiste consulté pour un test auditif effectue ce premier examen gratuitement. S’il constate une perte auditive, il adresse la personne à un oto-rhino-laryngologue. Celui-ci devra procéder à une évaluation médicale de son ouïe et notamment déterminer si la perte auditive se situe au niveau du canal auditif, de l’oreille moyenne, de l’oreille interne, du nerf auditif ou du centre de l’audition du cerveau. Le médecin décidera aussi des mesures nécessaires pour remédier à la perte auditive.

Si la perte auditive concerne l’oreille interne, un appareillage sera généralement indiqué. Dans ce cas, l’oto-rhino-laryngologue fait passer au patient une première expertise en vue de l'adaptation d’une aide auditive par un audioprothésiste.

Les audiogrammes réalisés par le médecin sont destinés en premier lieu au diagnostic précis de la nature et de la sévérité de la perte auditive, les mesures subséquentes de l’audioprothésiste servant essentiellement à la restauration de la capacité auditive. Pour y parvenir, l’audioprothésiste mesure précisément la capacité auditive résiduelle et détermine avec un maximum de précision à partir de quel niveau sonore l’intensité du son est ressentie comme désagréable et à quel niveau le son est encore tout juste perceptible. Ce n’est qu’ensuite qu’il choisira une aide auditive adaptée.

Pour les mesures et examens audiologiques et le choix de l’appareil, l’audioprothésiste doit pouvoir compter sur la coopération du patient. Pour obtenir les réponses dont il a besoin pour choisir le «bon» appareil, l’audioprothésiste doit savoir poser les «bonnes» questions – y compris sur l’environnement professionnel et privé, car ceux-ci déterminent la capacité auditive dont le patient a besoin. L’audioprothésiste peut être appelé à poser des questions qui relèvent de la sphère «intime» et doit donc être capable d’établir une relation de confiance avec sa clientèle.

4. Les aides auditives: des ordinateurs performants

Les premiers amplificateurs sonores utilisés par les malentendants étaient sans doute les mains: en les plaçant derrière les oreilles, on augmentait la surface de réception des sons. Plus tard, et jusque dans les années trente, le cornet acoustique a constitué la première aide auditive à proprement parler. Depuis lors, la technologie des aides auditives a fait d’énormes progrès. Le développement et l’introduction des transistors, puis des microprocesseurs et, dernièrement, de la technologie numérique ont été décisifs à cet égard.

Les appareils modernes, entièrement numériques n’utilisent plus les techniques analogiques pour amplifier les sons et en supprimer les distorsions, mais le font en convertissant les signaux en bits, qui sont ensuite transformés par des processus de calcul complexes pour être reconvertis en signaux acoustiques. Grâce à la technologie numérique, les aides auditives peuvent aujourd’hui être ajustées très précisément à la lésion auditive du patient, et plus le temps passe, plus il est possible de satisfaire efficacement les besoins des porteurs d’aides auditives. C’est ainsi que la plupart des appareils entièrement numériques analysent en permanence l’environnement acoustique et amplifient ou atténuent constamment les sons en fonction de la situation, en faisant ressortir la parole et en réprimant le bruit de fond. La plupart réprime aussi une bonne partie des sifflements de réaction acoustique ou des bruits causés par le vent. De plus, grâce aux progrès de la miniaturisation, la taille des aides auditives a pu être sensiblement réduite. Selon la nature de la lésion et le diamètre du canal auditif, on peut fabriquer aujourd’hui des appareils intra-canalaires qui sont introduits profondément dans le canal et sont pratiquement invisibles. Toutefois, les contours d’oreille demeurent nécessaires pour corriger la plupart des lésions auditives sévères, vu qu’ils offrent l’espace nécessaire pour loger les microphones les plus performants.

Les fabricants d’appareils auditifs sont de nos jours des entreprises high-tech hautement spécialisées, possédant des laboratoires de développement bien équipés et des unités de production ultramodernes; l’industrie des aides auditives est l’une des branches économiques les plus dynamiques et les plus novatrices. La majorité de ces entreprises poursuit un seul et même objectif: développer des appareils et systèmes auditifs qui offrent aux malentendants des performances optimales, un maximum de confort et qui leur rendent une capacité auditive quasi «naturelle».

L’audioprothésiste: à la fois expert en ordinateur et psychologue
La sophistication sans cesse croissante de la technologie s’est accompagnée d’une multiplication des options d’ajustement individuel et de réglage fin des aides auditives. Alors qu’autrefois, l’audioprothésiste réglait l’appareil à même l’oreille à l’aide d’un tournevis, l’ajustage d’un appareil moderne est une procédure souvent longue et complexe. Le réglage se fait soit en utilisant un logiciel informatique, soit à l’aide d’un appareil de programmation spécial. Pour chaque type ou nouvelle série d’appareils, les fabricants d’aides auditives développent des logiciels et appareils de programmation spécifiques et les mettent à la disposition des audioprothésistes.

Grâce aux nombreux paramètres qu’il peut aujourd’hui programmer, l’audioprothésiste a la possibilité d’offrir à un malentendant le réglage et l’amplification qui lui conviennent le mieux: en effet, comme le centre de l’audition perd la faculté de «trier» les sons et d’atténuer les bruits indésirables, certaines personnes ressentent une amplification comme trop forte si elle leur rend la faculté d’entendre des bruits qu’ils n’entendaient plus. L’audioprothésiste a ici la tâche importante de régler progressivement l’amplification à un niveau optimal en même temps qu’il informera le patient de la nécessité d’une phase d’adaptation, afin que ce dernier fasse preuve de la patience et de l’opiniâtreté nécessaires.

Pour l’ajustement initial comme pour l’adaptation et les réglages fins, le patient reste le plus important partenaire de l’audioprothésiste: l’ajustement d’une aide auditive ne pourra réussir que si le porteur renseigne l’audioprothésiste sur sa perception sonore individuelle et lui indique les profils de restitution sonore qui lui conviennent le mieux. Les préférences varient à ce point d’un individu à l’autre que le réglage d’un type d’appareil donné pourra différer chez deux personnes ayant à peu près la même lésion auditive. Pour apprendre à connaître ces différentes perceptions, l’audioprothésiste doit pouvoir se mettre à la place du patient; il doit savoir le motiver pour qu’il s’«auto-observe» et parle de ses perceptions lors d’une prochaine séance de réglage fin.

La relation avec les patients appareillés dépasse largement le cadre de l’ajustage initial: des réajustages, voire un nouvel appareillage pourront être nécessaires si la capacité auditive se détériore, les préférences auditives changent, le canal auditif s’élargit ou si l’environnement professionnel ou privé du patient a changé. Même quand ces mesures ne s’imposent pas, des contrôles périodiques sont néanmoins nécessaires. L’audioprothésiste se charge en outre de l’entretien (p. ex. nettoyage régulier) nécessaire au fonctionnement impeccable de l’appareil, fournit les piles, effectue éventuellement lui-même les réparations mineures ou envoie l’appareil à un laboratoire de réparation et met provisoirement un appareil de remplacement à disposition du patient. Il fournit au client des conseils sur des appareils accessoires, sur des cours de prise en charge de la malaudition, mais aussi sur le financement des aides auditives. Une telle variété des tâches exige une haute compétence sociale et d’excellentes connaissances professionnelles.

5. Les partenaires de l’audioprothésiste

Les oto-rhino-laryngologues: les ORL (spécialité: nez – gorge – oreilles) sont des médecins qui, après leurs études de base, se sont spécialisés entre autres dans la médecine de l’organe auditif. Ils sont les premiers contactés par les personnes qui constatent que leur ouïe ne fonctionne plus normalement. L’ORL fait une évaluation médicale de la capacité auditive et décide des mesures nécessaires.

Les fabricants d’aides auditives approvisionnent l’audioprothésiste en appareils et en brochures destinées aux clients et lui fournissent des manuels pour le réglage. Aujourd’hui, la plupart des aides auditives sont fournies avec des logiciels pour l’ajustage assisté par ordinateur, voire avec des appareils de programmation spécialement conçus. En outre, le fabricant prend souvent à sa charge la confection des coques ou des otoplastiques ainsi que la réparation d’appareils endommagés. Les fabricants d’aides auditives sont tributaires d’une étroite collaboration avec les audioprothésistes, car seul un ajustage effectué dans les règles de l’art assure une performance optimale de l’appareil. En même temps, le dialogue avec l’audioprothésiste leur est indispensable pour perfectionner les appareils et les adapter aux besoins des malentendants.

Les assurances sociales AI et AVS, ainsi que l’assurance militaire et la SUVA sont les autres grands partenaires de l’audioprothésiste. La plupart des aides auditives sont entièrement ou partiellement financées par l’AI ou l’AVS. L’audioprothésiste doit justifier, en collaboration avec le médecin ORL, l’utilité d’un appareillage auditif auprès des assurances sociales et une fois l’appareillage effectué, leur rendre compte de ses prestations.

Entrepreneur, publiciste, expert en marketing – un métier d’avenir
Adéquatement formé, l’audioprothésiste est également un entrepreneur: il gère son propre commerce ou la filiale d’une chaîne de points de vente spécialisés. Cela signifie qu’il dirige aussi des employés et assume des tâches administratives. Il entretient des contacts avec les médecins ORL, les hôpitaux, les EMS, les écoles et les assurances sociales. Il a en outre la possibilité de donner libre cours à sa créativité en décorant sa devanture, en rédigeant des feuillets d’information et – avec le soutien de professionnels – des brochures. La participation à des événements organisés (p. ex. foires d’automne) fait partie de son marketing.

La profession d’audioprothésiste a d’excellentes perspectives d’avenir, notamment parce que la part des personnes âgées dans la population ne cesse d’augmenter. Les progrès de la médecine et de la pharmacie permettent en outre d’escompter une élévation continue de l’espérance de vie. Or, les «nouveaux seniors» sont des consommateurs très actifs, qui n’acceptent guère d’être limités dans leurs activités et considèrent normal de jouir d’une certaine qualité de vie. L’attitude des futures personnes âgées à l’égard des moyens d’aide technique sera donc plus pragmatique. Elles domineront leur inhibition vis-à-vis des aides auditives plus facilement que les générations précédentes et choisiront la qualité de vie.

D’autre part, le nombre de jeunes malentendants est également appelé à augmenter: du fait que beaucoup de jeunes exposent leurs oreilles à des volumes musicaux excessivement forts, le nombre de personnes jeunes ou d’âge moyen qui doivent être appareillés augmente sans cesse. Les personnes qui, une fois âgées, auront besoin d’une aide auditive en raison de leurs «péchés de jeunesse» devraient être même plus nombreuses.

Enfin, la demande sera probablement stimulée par le développement d’appareils auditifs de plus en plus performants: généralement, une aide auditive est d’autant mieux acceptée qu’elle apporte un plus grand avantage subjectif et une meilleure compensation de la perte auditive. Qui plus est, le potentiel de miniaturisation n’est pas encore épuisé, de sorte que bien des craintes purement esthétiques devraient bientôt être sans objet.

De l’artisan qu’il était, l’audioprothésiste s’est mué, grâce aux progrès de la technologie en spécialiste de la réhabilitation qui peut désormais, à l’aide de systèmes assistés par ordinateur et par le dialogue avec le client, se concentrer sur l’analyse différenciée de la capacité auditive et procéder ensuite à un appareillage individuel précis du malentendant. Le développement technologique est poursuivi de manière soutenue par tous les fabricants d’aides auditives, et plus l’ajustement d’un appareil pourra être précis, plus le dialogue avec le malentendant et l’encadrement psychologique qui doit accompagner tout appareillage prendront de l’importance. Pour l’audioprothésiste, cela signifie qu’il doit se tenir constamment informé des derniers progrès de la technologie, ce qui exige de sa part un travail de formation continue sans cesse renouvelé.